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Motif de la grenade

Motif à la grenade
Punica granatum
Anglais : pomegranate seeds
Allemand : granatapfelItalien : melogranata
Espagnol : granada
Chinois : shiliu

Originaire d'Asie Occidentale, sauvage du sud du Caucase au Punjab, le grenadier a été propagé par l'homme très anciennement en Asie orientale et en Asie mineure, et plus tard dans les pays méditerranéens.

Comme son nom botanique, Punica granatum, l'indique, elle fut d'abord adoptée par les Phéniciens qui la firent connaître aux Carthaginois.

Les Romains croyaient le grenadier originaire de Carthage d'où ils le rapportèrent lors des guerres puniques et ils l'introduisirent dans le monde romain.

Les Arabes ont tellement planté de grenadiers dans le sud de l'Espagne à partir du 8e siècle, que la ville de Grenade porte le nom de ce fruit tellement aimé des Maures.

Les grenadiers sont des petits arbres à feuilles caduques, simples, opposées, entières, luisantes, qui poussent aujourd'hui dans toutes les régions tropicales et subtropicales.

Ils portent des fleurs, avec deux verticelles de pétales, rouge orangé solitaires, ou regroupées par deux ou trois, très ornementales.

Les gros fruits dont la peau coriace varie du jaune au rouge soutenu sont sucrés, doux-amers ou aigres selon les variétés.

Les graines, agglutinées les unes aux autres, logées dans des compartiments délimités irrégulièrement par un réseau de cloisons, sont enrobées d'une pulpe mucilagineuse charnue, transparente et légèrement rosée.

Elles sont riches en vitamine C, en acide citrique, en minéraux, tels que soufre, phosphore et potassium.

Fruit estimé des Romains, les graines de grenade servaient aussi à la décoration lors des banquets.

Dans le Satiricon, on voit qu'à la table de Trimalcion, le rouge des graines de grenades et le noir des pruneaux simulaient les braises et les charbons de bois. " Il y avait aussi des saucisses bouillantes posées sur un gril d'argent et, sous le gril, des pruneaux de Syrie avec des grains de grenade. "

Ses fleurs rouges étant l'emblème d'un amour ardent, les jeunes mariées en portaient dans leur coiffe.

Les Anciens Égyptiens connaissaient déjà les effets vermifuges de l'écorce de grenade.

Les médecines anciennes la considéraient antehelmintique et mettaient toutes à profit l'effet astringent du tanin contenu dans l'écorce, la fleur et le fruit du grenadier.

Celui des fruits aigres était prescrit comme fébrifuge et antivomitif, celui des fruits sucrés comme adoucissant pour la toux.

C’est en Italie, pays d’Europe le plus avancé sur le plan culturel au Moyen Age, que l’industrie européenne de la soie se développa et que fut créée, au XVème siècle, la technique du véritable damas.

Son apparition eut une influence considérable sur la création des nouveaux motifs qui allaient s’imposer pendant la Renaissance.

Parmi les plus importants, celui de la grenade allait connaître dans de nombreux pays un succès d’une durée tout à fait inhabituelle.

C’est une figure aux contours nets, bien adaptée à la fois au tissage damassé et à celui d’une autre grande nouveauté de l’époque, le velours, ces deux étoffes étant employées aussi bien pour les vêtements que pour la décoration intérieure.

On retrouve des variantes du motif de la grenade sur les tissus d’ameublement du XVIIIème siècle et jusqu’en 1900, lorsque l’Anglais William Morris composa sur métier jacquard des damas de soie à l’italienne pour un prix de revient raisonnable.

Selon Paracelse, " Tout ce que la nature crée, elle le forme à l'image de la vertu qu'elle entend y attacher ".

C'est la " théorie des Signatures " qui veut que ce soit la ressemblance, qu'elle soit de forme, de couleur, d'odeur ou de consistance, qui déterminera l'adéquation d'un remède.

Les graines de la grenade faisaient penser à des dents par leur aspect et leur disposition dans la pulpe du fruit, il était donc conseillé d'en croquer contre le mal de dents.

Le jus de la grenade est rouge comme le sang, aussi était-il déjà recommandé par les herboristes du Moyen Âge contre les troubles de la circulation et pour arrêter les hémorragies, tout comme les fleurs rouge sang de la sanguisorbe.

Bharthélemy écrit que " La fleur de grenade, appelée balanstric, qui est froide et sèche, retient les fleurs des femmes.

Avec du vin aigre sur la poitrine empêche le vomir qui vient de la cause colérique ".

A l'inverse toujours du fait de sa couleur rouge qui évoque le sang menstruel, la grenade comme les tiges d'armoise ou de rhubarbe qui sont également rouge étaient données aux jeunes filles en âge d'être pubères, car l'événement était attendu avec impatience et qui " Qui ne fleurit pas, ne graine " disait le dicton.

La stérilité était une malédiction toujours imputée aux femmes et pour la vaincre les femmes absorbaient des décoctions de grenade, d'armoise ou de gattilier et elles plaçaient des cataplasmes de ces plantes cueillies au petit jour de la Saint-Jean sur leur parties génitales et sur la région lombaire.

Pendant des siècles, on a fait preuve de beaucoup d'empirisme et de tâtonnements pour améliorer l'espèce.

Les Arabes pratiquaient couramment la greffe, mais chez nous on avait aussi recours à des procédés qui relèvent plus de la magie sympathique que de l'agriculture.

C'est ainsi qu'on arrosait le pied des grenadiers d'eau sucrée pour avoir des grenades bien sucrées et juteuses, et de sang pour qu'elles soient bien rouges.

L'influence culinaire arabe s'est faite à travers les relais qu'ont été la Sicile et l'Espagne chrétienne à partir du Maghreb et d'al-Andalus.

Dans plusieurs livres de recettes italiens du 13e et 14e siècle, on trouve des recettes de romania, du poulet à la grenade visiblement d'inspiration arabe d'après le type de cuisson et de saveur et d'après l'appellation.

En effet, grenade se dit rummân en arabe.

Les livres de recettes espagnoles font preuve de la même influence par l'emploi du jus de fruits acides, d'eau de rose, de sucre et d'amandes.

Dans un recueil catalan du 14e siècle, le Sent Sovi, beaucoup d'ingrédients aussi courants que la marjolaine portent des noms d'origine arabe et on peut constater que le jus de grenade, magrana, le jus de citron, limona, le jus de bigarade, toronja sont très souvent utilisés pour la préparation de sauces aigrelettes.

Dans son Opusculum de saporibus, Magninus de Milan au 14e siècle ne voit rien à redire à l'usage de ces jus, même s'il se place d'un point de vue diététique, il conseille " que la matière des sauces en été soit le verjus, ou le jus tiré des sommités de la vigne, ou le jus de citron, ou d'orange, ou de grenade ".

En dehors de la période estivale, il les conseille pour modérer par leur froideur la chaleur des épices et pour en transporter les bienfaits dans tous les replis de l'organisme.

En 1656 Pierre de Lune qui se présente comme ancien " escuyer de cuisine " de feu le duc de Rohan et qui, le premier cherche à supplanter La Varenne, énumère dans la préface de son ouvrage "Le Cuisinier" une liste d'ingrédients que tout bon cuisinier qui se respecte doit toujours avoir sous la main.

Y figurent les les graines de grenade, les câpres, les olives, les pistaches décortiquées et hachées, les oranges en quartiers, des tranches de citron tenues au frais dans un bol d'eau ainsi que du persil frit, du pain passé à l'œuf battu, et un roux fait de saindoux et de farine.

Alexandre Dumas ne se montre pas tendre envers la grenade dans son dictionnaire.

Il écrit : Ce fruit est peu recherché hors du pays où on le recueille et ne sert qu'à garnir les corbeilles de dessert où il est du plus bel effet.

Et il se retranche derrière les préjugés d'un certain M. Cohier de Lampier qui prétend : Il n'y a pas de belles corbeilles de dessert sans grenades, non plus que sans oranges, la grenade ouverte, ainsi qu’un riche trésor de rubis ou de grenats brillants, est un des plus beaux joyaux de nos grandes corbeilles.

Quand on n’aperçoit pas quelques-unes de ces grenades entrouvertes aux flancs d’une pyramide de fruits, elles ne sauraient y être remplacées par aucun autre, et bien qu’on y voit éclater le vermillon des plus belles pommes et l’émail varié de nos grosses poires, avec l’or de l’orange et la suprême beauté de l’ananas, on dirait qu’il manque quelque chose dans cette corbeille offerte par le dieu Vertumne à la cour de Pomone.

Mais aussi bien nous faut-il avouer qu’à l’exception de ce beau rôle pour la décoration des tables ou buffets, la grenade, est un fruit qui n’équivaut seulement pas à la groseille, elle ne vaut que l’épine-vinette, et c’est convenir qu’elle n’est presque bonne à rien dans les pays tempérés où les quatre fruits rouges sont abondants et par excellence.

L'écorce de grenade servait au tannage et à la teinture des cuirs.

Ainsi c'est elle qui, avec mordançage à l'alun, donne toujours leur couleur jaune aux plus belles babouches des souks marocains.

En Inde, on l'utilise encore pour l'impression des tissus en jaune et jaune brun avec un mordançage à l'alun, en noir avec du fer.

Les couleurs sont solides au lavage et résistent à la lumière.

Les bains de teinture au curcuma sont aussi additionnées d'écorce de grenade et d'alun (proportion de deux parties et une partie et quart pour cinq de curcuma) pour donner aux couleurs plus de solidité à la lumière.

Selon la tradition arabe, il n'y pas une seule grenade " dans laquelle il n'y ait un grain des grenades du Paradis " ou " qui ait été fécondée par une goutte de l'eau du Paradis. "

Dans la poésie galante persane, Firdousi évoque sa bien aimée, en disant " ses joues sont comme la fleur du grenadier, et ses lèvres comme le sirop de grenades, de sa poitrine d'argent poussent deux grenades ".

Autrefois les conteurs orientaux posaient des devinettes au cours des soirées au clair de lune.

Le conteur s'écriait : Je ne suis ni roi, ni reine, je porte la couronne.

Et devant le silence perplexe de l'assistance, il tonitruait : C'est la grenade !

Dans certains pays, la jeune mariée jette une grenade à terre pour la faire exploser et selon le nombre de graines qui s'en échappent, elle essaie de savoir combien d'enfants elle portera.

©Philippe DEMOULE