Houellebecq : "On a le droit d'écrire un livre islamophobe" 

 

Par Grégoire Leménager 

 

 

 



 

Très applaudi en Allemagne, l'auteur de "Soumission" en a profité pour maintenir que son roman ne l'est pas, "islamophobe". 

  

C’était au festival international de littérature de Cologne (ouest). Car si Michel Houellebecq a interrompu la «promotion» de «Soumission» en France, il n’a pas renoncé à la faire en Allemagne, où «Unterwerfung», sorti la semaine dernière, est déjà un best-seller. 

  

Son éditeur allemand, DuMont, avait fait un premier tirage à 100.000 exemplaires, mais un retirage de 50.000 exemplaires est prévu à partir de lundi. Et Houellebecq, là-bas, est de toute façon une star depuis un moment. 

  

« On a perçu Houellebecq dès le début beaucoup plus comme un intellectuel alors qu'en France, il a d'abord été considéré comme un auteur à scandale», a expliqué à l'AFP l'universitaire Christian van Treeck, auteur d'une thèse sur «La réception de Michel Houellebecq dans les pays germanophones». 

  

Il a dû avoir du grain à moudre: en Allemagne, Houellebecq a fait l'objet de cours universitaires, de recherches et ses romans sont adaptés à l'écran, à la scène, sous forme d'émissions de radio. Il est même devenu dès 2002 un personnage de roman, sous le nom d’«Ollenbeck», dans «Schundroman» de Bodo Kirchhof («Roman de pacotille»). Pour van Treeck, «ce sont tout autant les facteurs que des signes d'un début de canonisation». 

  

Saint Houellebecq, comédien et martyr? « Je suis Houellebecq », a titré, en français s’il vous plaît, le quotidien allemand de gauche «Tageszeitung» pour parler d’«Unterwerfung». Doris Akrap y accuse ceux qui voient en Houellebecq un pourvoyeur d'idées du FN ou de Pegida de n'avoir rien compris: 

  

Celui qui qualifie Houellebecq d'auteur à scandale qui ne fait que provoquer intentionnellement, celui-là devrait retirer Sade, Rimbaud, Baudelaire, Balzac de sa bibliothèque ou les lire une fois. 

  

Cette critique-là n’est pas isolée. Le prestigieux hebdomadaire «Die Zeit», de centre gauche, voit en «Soumission» «une satire pleine d'humour», tandis que dans le quotidien conservateur «Die Welt», Jan Küveler applaudit son extraordinaire sens de l’actualité: 

  

Plus que tout autre écrivain européen actuel, Houellebecq a la sensibilité et le courage d'identifier des conflits larvés (de nos sociétés) et d'en faire la folle trame de ses récits. 

  

« Die Welt », par ailleurs, est catégorique : 

  

On ne le dira jamais assez fort: ‘‘Soumission’’ n'est en aucun cas un roman raciste ou islamophobe. 

  

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Ca tombe bien pour Michel Houellebecq, c’est exactement ce qu’il martèle depuis quinze jours. Il l’a redit à Cologne : 

  

Le début de mes interviews sur ‘‘Soumission’’ a été pénible car j'ai eu le sentiment de répéter en boucle: mon livre n'est pas islamophobe. 

  

Tout en s’offrant le luxe d’ajouter qu’après les attentats terroristes qui ont fait 17 victimes en France, elles risquent d'être «encore plus pénibles» car il va devoir répéter:  

  

1) que le livre n'est pas islamophobe, et 2) qu'on a parfaitement le droit d'écrire un livre islamophobe. 

  

On se souvient que «Charlie Hebdo» se présente volontiers comme un «journal irresponsable». L'auteur de «Soumission», lui, réclamait l’autre jour «zéro limite» pour la liberté d’expression. Il est de ces idéalistes qui pensent encore que la critique d'une religion n'a rien à voir avec le racisme, qui suppose la haine d'un peuple. C'est un point de vue. Et écrire un livre stupide, on a le droit? On a le droit. Mais on se demande quand même s'il n'est pas temps d'offrir à Michel Houellebecq un badge bien visible pour que les choses soient claires. Chacun pourrait y lire: «écrivain irresponsable».