Joseph Perret était canut à façon. Il était aussi mon grand-père maternel. 

  

Aimé Perret, dit Joseph (car il n'aimait pas son prénom), dernier garçon d'une famille de quinze enfants, naquit dans la ferme familiale d'un village de la Loire (42), voisin de Noirétable et du pays d'Aimé Jacquet. Ne pouvant pas reprendre la ferme réservée au fils ainé, il dût s'exiler à Lyon, à la recherche de travail, comme beaucoup d'autres à cette époque. 

  

Je ne connais malheureusement pas le détail de sa vie que personne ne crût bon de me raconter, mais je sais qu'il fut canut jusqu'au bout. Tout d'abord apprenti, assurément. Puis avant guerre, il eut un atelier de métiers mécaniques. Après guerre on le retrouve à la Croix-Rousse dans son atelier de métiers à bras sur le palier de son misérable appartement, au 2 de la Place Marcel Bertone (ex. Place Belfort). 

  

C'est là que, petit garçon, le jeudi, je l'ai souvent regardé tisser ou faire ses canettes à la main pour le lendemain.Il ne sut jamais que je ferai le même métier que lui... 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-dessus, le soir, Joseph confectionnant ses canettes pour le lendemain. 

Joseph Perret ne tissait pas d'étoffes façonnées. Il a tissé pour Georges Mattelon les tutus des patineuses à la création d'Holiday on ice, en 1943... 

  

Son seul plaisir, faute de moyens, était de quitter Lyon l'été pour le village médiéval de Locronan près de Douarnenez dans le Finistère. Là il travaillait deux mois pour le patron d'une boutique, tissant, dans la vitrine, du linge de table breton en lin sous les yeux des touristes de passage.